Jeune Garcon Gay - Histoires

« Verlaine, » répondit-il enfin, d'une voix étranglée. « Parce qu'il parle de la pluie. »

Et c'était la plus belle chose qu'il avait jamais faite.

« Léo, » dit-il doucement. « C'est toi que je regarde, moi aussi. »

Léo ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Il avait peur. Peur que Raphaël devine. Dans son collège de province, on disait « pédé » comme on disait « merde ». Léo l'avait entendu cent fois dans les couloirs, craché comme une insulte. Histoires Jeune Garcon Gay

Léo posa ses lèvres sur les boucles brunes de Raphaël. Il sentit leur parfum de shampoing à la pomme. Il sut que ce moment, fragile et immense, resterait gravé en lui pour toujours. Parce qu'aimer un garçon, ce n'était pas une honte. C'était juste aimer.

Raphaël avait des boucles brunes qui lui tombaient sur les yeux et une façon silencieuse d’exister, comme s'il cherchait à se faire oublier. Mais Léo, lui, ne pouvait pas l'oublier.

Ce jour-là, il ne se passa rien de plus. Pas de bagarre, pas de héros. Juste deux garçons qui tenaient bon sous la pluie fine de l'automne. Le soir, Raphaël vint chez Léo. Sa mère leur prépara des crêpes, sans poser de questions, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. « Verlaine, » répondit-il enfin, d'une voix étranglée

« Tu aimes quel poète ? » demanda Raphaël, en sortant un carnet couvert de stickers.

Un mardi de pluie, le professeur de français les mit en binôme pour un exposé sur la poésie. Raphaël vint s'asseoir à côté de Léo sans un mot. Son épaule frôla celle de Léo, et Léo sentit son cœur tambouriner contre ses côtes comme un prisonnier.

Pendant trois semaines, ils se retrouvèrent chaque soir à la bibliothèque municipale. Sous le regard absent de la bibliothécaire, ils découpèrent des images, collèrent des vers, et peu à peu, Léo apprit des choses sur Raphaël. Qu'il avait vécu à Lyon avant. Que son père ne lui parlait plus. Que la musique l'aidait à dormir. « Léo, » dit-il doucement

Léo avait quatorze ans et la fâcheuse habitude de regarder les garçons trop longtemps. Pas ceux de sa classe, avec leurs blagues sur le foot et leurs rires trop bruyants. Non, il regardait Raphaël, le nouveau, qui était arrivé en septembre et qui lisait des romans sous le préau.

Dans la chambre de Léo, alors que la nuit tombait, Raphaël sortit un marqueur noir de son sac. Il prit la main de Léo et dessina un petit arc-en-ciel sur sa paume.